Concours de la fonction publique : vos vraies chances de réussite (chiffres 2011-2023)

« Les concours de la fonction publique, c'est hyper-sélectif. » Cette phrase, vous l'avez entendue cent fois. Elle est fausse — du moins, elle l'est de moins en moins. Les données officielles de la DGAFP racontent une histoire que personne ne raconte : en douze ans, la sélectivité des concours externes de l'État a été divisée par près de trois. En 2011, il fallait battre 11 autres candidats pour décrocher un poste. En 2023, il n'en reste plus que 3,7 à distancer.

Nous avons repris les chiffres bruts des bilans de recrutement de l'État (source DGAFP, détaillée en fin d'article) pour comprendre ce qui se cache derrière ce chiffre — et ce que ça change concrètement pour votre préparation.

La sélectivité, en un chiffre

La sélectivité d'un concours, c'est le rapport entre le nombre de candidats présents (pas inscrits — présents le jour de l'épreuve) et le nombre d'admis. Une sélectivité de 5, c'est un reçu pour cinq candidats qui composent.

Voici l'évolution pour les concours externes de la fonction publique d'État :

Année Candidats présents par admis
2011 12,4
2022 5,0
2023 4,7

Autrement dit : le concours que votre grand frère a raté en 2011 en affrontant 12 candidats pour un poste, vous le passez aujourd'hui à moins de 5 contre 1. Ce n'est pas de l'auto-persuasion : c'est le plus bas niveau de sélectivité enregistré depuis plus de dix ans.

Pourquoi la sélectivité s'effondre : ce n'est pas ce que vous croyez

Un concours devient moins sélectif pour deux raisons possibles : soit il y a plus de postes, soit il y a moins de candidats. En 2023, les deux ont joué en même temps.

  • Les postes ouverts ont bondi (+11 % vs 2022). L'État recrute massivement pour compenser les départs à la retraite et les difficultés d'attractivité de certaines filières.
  • Le nombre d'admis a grimpé encore plus vite (+15 %).
  • Mais le vivier de candidats, lui, ne suit pas. Les inscriptions n'ont progressé que de 3 %, et les présents de 7 %.

Résultat : plus de portes ouvertes, à peine plus de monde pour les franchir. En 2023, l'État a fait passer 181 900 candidats présents pour 38 600 admis, tous concours externes confondus.

Le chiffre que personne ne regarde : l'absentéisme

Voici la statistique la plus sous-estimée de tout le sujet. Un inscrit sur deux ne se présente pas le jour de l'épreuve.

Sur les concours externes, le taux de présence tourne autour de 50 %. Concrètement : quand un concours affiche « 2 000 inscrits pour 100 postes » (soit 20 contre 1, ça fait peur), la réalité le jour J ressemble plutôt à 1 000 présents pour 100 postes, soit 10 contre 1 — et parmi ces présents, une part significative n'a pas révisé sérieusement et rend copie blanche ou abandonne en cours d'épreuve.

Votre vraie concurrence, ce n'est pas le nombre d'inscrits. C'est la moitié qui se présente, moins ceux qui n'ont pas travaillé. Le simple fait d'aller au bout d'une préparation structurée vous place déjà dans le premier tiers.

Toutes les catégories ne se valent pas

La moyenne cache de fortes disparités. Voici la sélectivité 2023 par catégorie hiérarchique :

Catégorie Sélectivité 2023 (présents/admis) Ce que ça veut dire
A (cadres, ex. attaché, prof) 4,3 Contrairement à l'idée reçue, la cat. A n'est pas la plus dure en volume
B (ex. contrôleur, rédacteur) 5,8 La plus sélective des trois
C (ex. adjoint administratif) 5,3 Plus disputée qu'on ne le pense

Surprise : la catégorie B est la plus sélective, pas la A. Pourquoi ? Parce que les concours de cat. B (contrôleur des finances publiques, rédacteur territorial, secrétaire administratif…) attirent à la fois des bacheliers et des diplômés du supérieur en reconversion, sur un nombre de postes plus contraint. La cat. A ouvre davantage de postes et exige un niveau d'entrée (licence, master) qui écrème naturellement le vivier.

Le classement par concours : de 2,6 à 20 contre 1

C'est ici que la moyenne devient vraiment trompeuse. Selon le concours visé, vos chances varient du simple au décuple :

Concours (session 2023) Présents par admis Difficulté relative
Greffier des services judiciaires 2,6 Parmi les plus accessibles
Professorat des écoles (CRPE) 2,7 Très demandé en postes
Gardien de la paix 4,5 Proche de la moyenne
Moyenne concours externes 4,7
Ingénieur d'études (Ens. sup.) ~20 Parmi les plus fermés

Un candidat au CRPE ou au poste de greffier affronte une sélectivité deux fois plus faible que la moyenne : l'État peine à recruter des enseignants et des personnels de justice, et ouvre donc large. À l'inverse, les corps techniques prestigieux et à faible turnover restent des goulots d'étranglement à 20 contre 1.

La leçon stratégique : le choix du concours pèse plus lourd sur vos chances que des semaines de révision supplémentaires. Viser un corps en tension (enseignement, justice, filière technique de l'État) peut multiplier vos chances par deux à niveau de préparation égal.

Ce que ces chiffres changent pour votre préparation

  1. Arrêtez de vous laisser impressionner par le nombre d'inscrits. Divisez-le mentalement par deux (absentéisme), puis retirez les candidats non préparés. Votre concurrence réelle est bien plus étroite que l'affiche.
  2. Choisissez votre concours avec les données en main. À motivation égale, un concours à 2,7 contre 1 vaut mieux qu'un concours à 6 contre 1. La sélectivité par corps est publique.
  3. La fenêtre est ouverte, mais pas éternelle. La sélectivité au plancher tient à un contexte : forts départs en retraite et faible attractivité. Rien ne garantit que les postes resteront aussi nombreux dans cinq ans. Les sessions actuelles sont statistiquement parmi les plus favorables de la décennie.
  4. Le différenciateur, c'est la régularité, pas le génie. Dans un concours à 4,7 contre 1 dont la moitié des « concurrents » ne se présente pas ou ne révise pas, finir une préparation complète suffit à basculer dans le peloton de tête.

Méthodologie et limites

Les chiffres ci-dessus portent sur les concours externes de la fonction publique d'État (hors territoriale et hospitalière, dont les dynamiques diffèrent). La « sélectivité » rapporte les présents aux admis — c'est l'indicateur retenu par la DGAFP, plus fidèle que le ratio inscrits/postes souvent cité dans la presse. Les données annuelles connaissent un décalage de publication d'environ 18 mois ; les chiffres 2023 sont les plus récents consolidés à ce jour.

Sources. DGAFP, Rapport annuel sur l’état de la fonction publique – édition 2025 et Stats rapides – recrutements externes de l’État ; données de postes ouvertes en open data sur data.gouv.fr ; séries historiques reprises par Acteurs Publics. Périmètre : concours externes de l’État, indicateur présents/admis.

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